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La Bulgarie assure la présidence tournante du Conseil de l'UE

Depuis le 1er janvier 2018 et jusqu'au 30 juin 2018, c'est la Bulgarie qui assure la présidence du Conseil de l'UE.

A quoi sert cette présidence tournante du Conseil de l’UE ?

La présidence est chargée de faire avancer les travaux du Conseil sur la législation de l'UE, en veillant à la continuité du programme de l'UE, au bon déroulement des processus législatifs et à la bonne coopération entre les États membres. Le fait qu’elle soit « tournante » permet une équité parmi les états membres, chacun étant invité à la présider selon un calendrier préétabli. Pendant six mois, la Bulgarie sera le principal moteur des tâches à l’ordre du jour de l’Union, elle assumera les fonctions d’intermédiaire, de leader politique, de représentant et de coordinateur.

Quel objectif se fixe la Bulgarie ?

Le pays aspire à jeter des ponts entre l'est et l'ouest de l'Europe, la Turquie et Bruxelles, pour forger des compromis sur plusieurs dossiers brûlants et parmi eux la politique migratoire.

Peut-on dire que la présidence tournante du Conseil de l’UE est une opportunité pour le pays ?

Oui, tout à fait ! Membre le plus pauvre de l'Union européenne,  souvent critiqué pour son inefficacité face une corruption endémique, la Bulgarie mise sur sa première présidence du Conseil de l'UE pour améliorer son image. Le pays, entré dans l'UE en 2007, cherche à convaincre qu'il est digne d'enfin intégrer l'espace Schengen de libre circulation et, à plus long terme, la zone euro. Six mois de présidence réussie plaideraient en faveur de ce pays de 7,1 millions d'habitants, à l'histoire politique agitée depuis la chute du communisme mais qui a retrouvé une certaine stabilité sous la houlette du Premier ministre de centre droit Boïko Borissov. Celui-ci est revenu au pouvoir début avril et brigue actuellement son troisième mandat depuis 2009, au prix d'une alliance avec des partis nationalistes qui ont mis en sourdine leur rhétorique agressive pour s'afficher pro-UE et pro-OTAN.

Quelle est la position de la Bulgarie sur les sujets « brûlants » comme la politique d’asile?

Contrairement aux pays du groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Hongrie et Slovaquie), la Bulgarie ne s'est pas opposée à la politique européenne de relocalisation des réfugiés au sein de l'UE, même si les discours de peur voire de rejet de l'immigration imprègnent la scène politique nationale. La ministre des Affaires étrangères Ekaterina Zaharieva appelle d’ailleurs à "faire preuve de solidarité quant à la protection des frontières extérieures de l'UE au lieu de dresser des clôtures à l'intérieur". Fort de cette attitude conciliatrice, le gouvernement de Boïko Borissov se voit donc en médiateur sur les sujets les plus épineux.

Quel va être l’agenda de la présidence bulgare ?

Les dirigeants européens espèrent  débloquer d'ici le mois de juin la réforme de l'asile via une remise à plat du "règlement Dublin", qui confie presque systématiquement la responsabilité du traitement d'une demande d'asile aux pays de première entrée dans l'UE, sur lesquels pèse un fardeau démesuré en situation de crise. Le Premier ministre bulgare plaide par ailleurs pour une amélioration des relations entre l'UE et la Turquie, avec laquelle son pays partage 259 km de frontière terrestre. Au cœur de ses préoccupations: le maintien "à tout prix" de l'accord migratoire conclu en mars 2016 qui a permis de réduire le flux des demandeurs d'asile du Moyen-Orient vers l'UE, dont la Bulgarie est l'une des portes d'entrée. La présidence bulgare sera également celle du lancement de la nouvelle phase de négociations des dirigeants européens avec le Royaume-Uni, à propos d'une période de transition post-Brexit et du cadre de leur future relation commerciale.

Et celui des institutions ?

L'agenda sera chargé puisque 2018 est la dernière année complète de mandat de la Commission avant les élections européennes de 2019. Les chantiers sont nombreux: budget de l'UE après 2020, projet de réforme de la zone euro qui attend la formation d'un gouvernement en Allemagne, coopération renforcée en matière de défense récemment lancée, réforme des institutions européennes après le Brexit, marché unique numérique...

Quels sont les autres enjeux qui sont une priorité pour la Bulgarie ?

Le pays entend également apporter son expertise régionale sur un sujet qui lui tient à cœur: l'intégration européenne de ses voisins des Balkans. Un sommet UE-Balkans est prévu en mai. Parmi les pays issus de l'ex-Yougoslavie et l'Albanie, seuls la Serbie et le Monténégro mènent aujourd'hui des négociations d'adhésion avec l'UE. La Bulgarie souhaite que l'Union adresse "des signes d'encouragement" à cette région: l'avancée de projets d'infrastructure ferroviaire et routière ainsi que la baisse des frais de roaming pour la téléphonie entre l'UE et les Balkans auraient valeur d'avancées concrètes.

Retrouvez l'intégralité de cette émission en podcast sur le site de notre partenaire Radio Fajet 

publié le

8 janvier 2018

par :

Camille DJUROVIC